QUESTIONS DE LINGUISTIQUE GENERALE

 ETUDE DU LANGAGE OU ETUDE DES LANGUES

 La linguistique est une science qui a pour objet l’étude du langage et des langues. Son but le plus large est l’étude du langage humain dans toute sa complexité, mais c’est à l’étude scientifique des langues qu’elle se consacre essentiellement. La linguistique est une science récente, encore en plein développement.

La première définition de la linguistique a été posée par F. de Saussure en 1916.

BIBLIOGRAPHIE DE SAUSSURE

Ferdinand de Saussure est selon la formule consacrée « le père de la linguistique contemporaine ». Ce linguiste est né à Genève (Suisse) en 1857. Il fait ses études dans sa ville natale. Puis il se déplace en Allemagne où il étudie la grammaire comparée, appelée aussi linguistique historique, à Leipzig, puis à Berlin où il étudie les langues anciennes, le Sanskrit, le vieux Slave et l’Iranien ancien.

A 22 ans, il présente son mémoire de fin d’études sur « Le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes », en 1879. L’année suivante, (1880) il présente sa thèse de doctorat ayant pour titre «  De l’emploi du Génitif absolu en Sanskrit », dans la même université, publiée pour la première fois en 1881.

A la suite il se rend à Paris, à l’École des Hautes Études où il se perfectionne en Grammaire comparée. Il enseigne cette discipline, dans la même école pendant 10 ans.
En 1891, il est nommé Professeur de Sanskrit et de Grammaire Comparée à l’Université de Genève. En 1906, il est titulaire de la Chaire de Linguistique

Les cours qu’il dispense à ses étudiants entre 1906 et 1911, constituent les fondements de la Linguistique telle qu’elle est connue aujourd’hui.
Ils seront reconstitués par ses élèves Ch. Bally et A. de la Sechehaye puis publiés en 1916, sous le titre de « Cours de Linguistique Générale » toujours connu depuis sous la même appellation.

 

 LE COURS DE LINGUISTIQUE GENERALE

Pour bien comprendre la linguistique et ses développements ultérieurs, il est nécessaire d’avoir idée détaillée du cours de linguistique générale. Voici les principales caractéristiques posées par Saussure pour cette nouvelle sciences. Ces caractéristiques sont :

 Matières et tâches de la linguistique

Dans cette section, Saussure essaie de poser les limites de la nouvelle science qu’il essaie de fonder. Comme un architecte il essaie de définir chaque élément de ce qu’il considère comme les fondements de cette nouvelle science . Il en pose les limites et les frontières . Il garde ce qu’il voit comme en faisant partie et élimine ce qu’il considère comme extérieur à sa matière, en prenant en considération le lieu et le temps.

A la page17 du Cours, nous pouvons lire :

« La matière de la linguistique est constituée d’abord par toutes les manifestations du langage humain, qu’il s’agisse des peuples sauvages ou des nations civilisées, des époques archaïques, classiques ou de décadence, en tenant compte, dans chaque période, non seulement du langage correct et du « beau langage », mais de toutes les formes d’expression.

Ce n’est pas tout : le langage échappant le plus souvent à l’observation, le linguiste devra tenir compte des textes écrits, puisque seuls ils lui font connaître les idiomes passés ou distants:

La tâche de la linguistique sera :

  1. de faire la description et l’histoire de toutes les langues qu’elle pourra atteindre, ce qui revient à faire l’histoire des familles de langues et à reconstituer dans la mesure du possible les langues mère de chaque famille.

  2. de chercher les forces qui sont en jeu d’une manière permanente et universelle dans toutes les langues et de dégager les lois générales auxquelles on peut ramener tous les phénomènes particuliers de l’histoire;

  3. de se délimiter et de se définir elle-même.  p.17

 objet de la linguistique

Après avoir posé les jalons de la nouvelle science qu’il appelle « Linguistique » , définit sa matière et sa tâche , Ferdinand de Saussure va définir son objet : p.22

 – La langue et sa définition 
La langue est un objet bien défini dans l’ensemble hétéroclite des faits de langage. On peut la localiser dans la portion déterminée du circuit (de la parole) où une image auditive vient s’associer à un concept. Elle est la partie sociale du langage, extérieure à l’individu, qui à lui seul ne peut ni la créer ni la modifier; elle n’existe qu’en vertu d’une sorte de contrat passé entre les membres de la communauté.
D’autre part, l’individu a besoin d’un apprentissage pour en connaître le jeu; l’enfant ne l’assimile que peu à peu. Elle est si bien une chose distincte qu’un homme privé de l’usage de la parole conserve la langue, pourvu qu’il comprenne les signes vocaux qu’il entend.

– La langue distincte de la parole est un objet qu’on peut étudier séparément. Nous ne parlons plus les langues mortes, mais nous pouvons fort bien nous assimiler leur organisme linguistique. Non seulement la science de la langue peut se passer des autres éléments du langage, mais elle n’est possible que si les autres éléments n’y sont pas mêlés.

– Tandis que le langage est hétérogène , la langue ainsi délimitée est de nature homogène, c’est un système de signes où il n’y a d’essentiel que l’union du sens et de l’image acoustique, et où les deux parties du signe sont également psychiques.

– La langue n’est pas moins que la parole un objet de nature concrète, et c’est un grand avantage pour l’étude. Les signes linguistiques, pour être essentiellement psychiques ne sont pas des abstractions; les associations ratifiées par le consentement collectif, et dont l’ensemble constitue la langue, sont des réalités qui ont leur siège dans le cerveau.

la semiologie

Dans un paragraphe intitulé « la Sémiologie », Saussure situe la linguistique, dans un paradigme plus large qui est la Sémiologie. (Page 32 du Cours de Linguistique Générale)

« ….La langue ainsi délimitée dans l’ensemble des faits de langage, est classable parmi les faits humains….

Nous venons de voir que la langue est une institution sociale; mais elle se distingue par plusieurs traits des autres institutions politiques, juridiques, etc. Pour comprendre sa nature spéciale, il faut faire intervenir un nouvel ordre de faits.

La langue est un système de signes, et par là comparable à l’écriture, à l’alphabet des sourds-muets, aux rites symboliques, aux formes de politesse, aux signaux militaires, etc… Elle est seulement le plus important de ces systèmes.
On peut donc concevoir une science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale; elle formerait une partie de la psychologie sociale, et par conséquent de la psychologie générale; nous la nommerons sémiologie (du grec semeîon, « signe )

Elle nous apprendrait en quoi consistent les signes, quelles lois les régissent…..

La linguistique n’est qu’une partie de cette science générale, les lois que découvrira la sémiologie seront applicables à la linguistique, et celle-ci se trouvera ainsi rattachée à un domaine bien défini dans l’ensemble des faits humains.